Dans la catégorie « il m’arrive toujours des aventures extraordinaires », je me suis retrouvé il y a quelques semaines (heureux) propriétaire d’un authentique magnétophone de studio: un Otari MTR90 mk2. Qu’est ce qui a motivé ce choix me direz-vous? Un tarif imbattable tout d’abord et surtout l’opportunité de posséder une machine mythique. Avant que les ordinateurs ne règnent sur le monde du studio, ce type de multipistes était le standard de l’industrie. Trois marques se partageaient alors le marché: MCI (Usa), Studer (Suisse) et Otari (Japon). Les concessions techniques ne faisaient pas partie de leurs cahiers des charges et le prix de ces monstres atteignaient des sommets proches du million de francs nouveau (150000e).

La démocratisation de l’informatique, l’augmentation de la capacité et de la vitesse des disques durs ainsi que l’attrait pour la souplesse des nouveaux outils numériques ont poussé ces derniers vers la remise. Pourtant, aujourd’hui encore, afin de lutter contre le « froid » généré par la précision chirurgicale des convertisseurs des stations audionumériques modernes, les grosses productions s’offrent le luxe de réaliser les prises de son sur ce type de machines avant de les numériser pour les éditer. Quel est l’intérêt de cette démarche? Le transit du signal audio dans l’électronique de la machine, la saturation harmonique générée par la bande, le grain même de la bande magnétique en sont. Le fait que le signal soit capturé dans son intégralité sans être soumis aux coups d’horloge d’un convertisseur analogique/numérique assure une fidélité particulière dans les très hautes fréquences et le respect des harmoniques. Outre le punch apporté par des circuits électroniques haut de gamme attaqués à un niveau décent, la dynamique d’une telle machine, correctement exploitée, est tout bonnement phénoménale. Enfin, le plus important à mes yeux, est la magie qui s’opère sur la bande, la cohérence sonore des prises. Les contraintes magnétiques (caser 16 ou 24 signaux sur une bande de 2 pouces soit 3 centimètres) font que chaque piste capturée se « mélange » très légèrement à ses deux voisines. C’est le plus souvent inaudible, mais le phénomène est très sensible. Pour peu que l’opérateur ait réparti ses sons intelligemment sur la bande, c’est à dire organisés en alternant les pistes aux fréquences graves et les autres plus hautes (par exemple: en 1 caisse claire, en 2 grosse caisse, en 3 charley, en 4 tom basse, et ainsi de suite), les résultats se révèlent juste… déments.
Par ailleurs, si j’ ai craqué pour cet appareil c’est pour la rigueur de travail qu’il impose aux musiciens. Le but de cet outil n’est pas d’aller couper et déplacer une note mal placée. Bien sur, les overdubs sont possibles, ces machines les ont inventés. Travailler à notre époque avec un tel appareil relève du désir de capturer la performance et de saisir l’instant. La majorité des albums devenus des classiques au cours des quarante dernières années à été enregistrée par ces machines.

La telecommande "Nasa style"
Vous avez maintenant bien des raisons de désirer un multipiste analogique mais vous avez tort…
Avant tout sachez que ces machines sont volumineuses et excessivement lourdes (200kg sans la télécommande pour le mtr90) et fragiles comme des horloges, sensibles aux variations de température et aux perturbations magnétiques. Par ailleurs, elles nécessitent une maintenance régulière et minutieuse afin de livrer des performances optimales. Les pièces détachées sont très couteuses: de 500e pour un guide de bande à 5000e pour une tête neuve (dont la durée de vie est limitée puisque la bande magnétique agit sur les têtes comme du papier abrasif). Au chapitre gros sous toujours, une bande neuve de 760 mètres coute plus de 200e sachant qu’elle défile à 76cm par seconde, je vous laisse faire le calcul du prix de la minute. Au delà de ces considérations financières, pour exploiter correctement un multipiste analogique, il convient de l’intégrer à une structure adaptée. Cela sous entend en particulier l’emploi d’une console de gamme équivalente, équipée de préamplis dignes de ce nom et de préférence dans des locaux adaptés afin de pouvoir éloigner le magnétophone de la control room.
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